DÉGÂTS!
Depuis quelques années, les sangliers sont de plus en plus nombreux sur le site des Deux Caps. Les agriculteurs font les frais de leur voracité.
Agriculteur et propriétaire de la Brasserie des Deux Caps à Tardinghen, Christophe Noyon ne peut plus voir les sangliers en peinture. C'est bien simple, il ne rêve que d'une chose : les éradiquer. Il faut dire que l'imposant animal lui mène la vie dure. « Depuis 3-4 ans, notre exploitation est régulièrement visitée par les sangliers et depuis 2 ans, ça s'aggrave, constate-t-il. Au début, il n'y avait que de petits grattages mais maintenant, il y a des dommages conséquents ! » La ferme de Belle Dalle a en effet la malchance de se trouver sur une zone de passage de sangliers, qui font des allées et venues entre le mont Hammel (boisé) et toute la zone entre le marais de Tardinghen et Wissant. Quand ils passent chez monsieur Noyon - la nuit - les suidés profitent du « garde-manger » qui s'offre à eux. En 2010, ils se sont ainsi largement remplis la panse dans 3 des 6 hectares de pois protéagineux qui avaient été semés. Presque totalement pillés.
Idem en début de semaine cette année, sur son terrain mais aussi à Bazinghen chez un collègue qui craint pour le maïs qu'il va bientôt semer. Et mi-mars, les 16,5 hectares d'orge de brasserie semées le 8 mars ont aussi reçu leur visite. Christophe Noyon a retrouvé ses champs en partie piétinés, creusés de larges sillons : « Les grains n'étaient pas encore levés mais les sangliers détectent le sillon, mettent le groin dans la terre et avancent tout droit ». Et vas-y que je croque dans les graines fraîchement germées ! Résultat : notre brasseur craint pour la qualité des grains (différence de maturité) qu'il récoltera cette année et redoute de ne pouvoir faire de bière de cru « Belle dalle ».
Paul Cousin, ancien maire du village et agriculteur, a aussi vu ses champs ravagés. « Tout l'hiver, plusieurs de mes pâtures ont été constamment visitées par des hardes de sangliers », souligne ce dernier dans un courrier adressé le 28 mars à la Fédération des chasseurs du Pas-de-Calais. « Nous sommes en proie à des dommages aux cultures de plus en plus importants, dûs à une régulation insuffisante des prédateurs ou même du gibier. »
« Ils n'ont rien à faire sur les Deux Caps » !
À l'instar du reste de la France, où ils sont en surpopulation, les sangliers débordent des forêts. Ils seraient présents autour de Tardinghen et Wissant depuis 3-4 ans, et de plus en plus nombreux. Sans doute plusieurs dizaines. Le problème est qu'« ils ravagent tout : les champs, les couvées d'oiseaux », le petit gibier... « Cet animal est un nuisible qui doit vivre dans les massifs forestiers, peste Christophe Noyon, qui est pourtant aussi chasseur, Il n'a rien à faire ici sur le site des Deux Caps, qui n'est pas son habitat naturel mais celui du lièvre ou du perdreau ! » L'agriculteur a contacté la fédération des chasseurs ainsi qu'Eden 62, gestionnaire du site, et écrit à la DDTM (Direction des territoires et de la mer) pour l'alerter et pour « que le préfet prenne des mesures ». Une battue administrative a eu lieu vendredi dernier et deux mères ont été prélevées. Trop peu ? « C'est parce qu'il y a des zones refuge dans les terrains du Conservatoire du littoral, des endroits très touffus, où les chasseurs ne peuvent pas pénétrer ! » accuse Christophe Noyon, qui montre sur la carte une zone à l'entrée de Wissant, aux alentours du Typhonium.
Éradiquer le sanglier ?
Sa solution ? « Il faut gérer le problème de façon concertée, pour mettre en place un plan pour éradiquer le sanglier » du site des Caps. Il propose ainsi de continuer à faire des battues administratives, et « mettre en place une petite équipe missionnée à l'année, en concertation avec les propriétaires privés et Eden 62 ». Toutes les parties prenantes adhéreront-elles à cette idée radicale de tuer tous les sangliers ? Pas sûr... En tout cas, elles s'entendront sans doute sur l'idée que les populations doivent être mieux régulées. Outre les dégâts aux agriculteurs, il y a aussi des risques d'accidents de la route : « Un jour, il va y avoir un mort ! Quand un sanglier est lancé, il ne réfléchit pas, il traverse. Va-t-il falloir grillager la route de la côte ? »
www.lavoixdunord.fr jeudi 07.04.2011